« 27 novembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 97-98], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11559, page consultée le 24 janvier 2026.
27 novembre [1843], lundi matin, 10 h.
Bonjour, mon Toto bien-aimé, bonjour, mon cher petit homme, bonjour, mon pauvre
amour. Comment vas-tu ce matin ? Ton pauvre cœur est-il moins triste que cette nuit ?
J’aurais voulu ne pas te quitter cette nuit pour te combler et pour te faire reposer
dans mes bras. Tu me fais espérer que tu reprendras bientôt les anciennes et si douces
habitudes des premiers temps de notre amour. Ce sera un bien grand bonheur pour moi,
mon cher petit bien-aimé, car rien n’est plus pénible et ne m’inquiète davantage que
ce refroidissement apparent. Aussi, mon cher adoré, fais tout ton possible et
davantage encore pour me rendre ces bonnes matinées d’autrefois.
Je viens de
recevoir une lettre de Claire. Il paraît
qu’elle a eu les joues, les yeux et la tête enflésa avec une assez grosse fièvre. On a craint un moment qu’elle
n’ait la rougeole. Maintenant elle va mieux et il n’y a plus que ses yeux qui soient
encore enflés. Il est bien triste pour cette pauvre enfant d’être si souvent malade
et
surtout dans le moment où elle a le plus besoin de travailler. Elle n’a vraiment pas
de chance. Comme elle viendra samedi, époque attendue pour sa santé, s’il n’y avait
rien de décisif je ferais venir M. Triger
qui la saignerait du pied. Mais j’aimerais mieux que la nature se chargeât de cet
office-là. Enfin, nous verrons d’ici-là ce qui arrivera.
Je t’aime mon cher
petit bien-aimé. Je t’aime comme le premier jour. Je t’aimerais plus encore si on
pouvait aimer plus que plein son cœur et de toute son âme.
Voilà un bien beau
temps, mon cher adoré, j’en suis contente pour toi puisque tu es toujours obligé de
marcher quand tu travailles. Du reste, si tu pouvais me faire sortir un peu cela me
ferait du bien aussi à moi. En même temps, si tu veux, nous irions savoir des
nouvelles de la mère Pierceau. Mais que cela
ne te gêne pas, je suis habituée à rester chez moi et si je te demande à sortir, c’est
moins pour ma santé que pour avoir une occasion de te voir pendant quelques heures.
Je
donnerais de ma vie si je pouvais pour te voir toujours. Tu ne sais pas combien je
t’aime.
Juliette
a « enflées ».
« 27 novembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 99-100], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11559, page consultée le 24 janvier 2026.
27 novembre [1843], lundi, 3 h. ¾ après-midi
Je t’écris avec une fenêtre ouverte, mon cher petit homme, et je n’ai pas allumé de
feu de la journée. Il est impossible, d’ailleurs, d’avoir une journée plus douce que
celle d’aujourd’hui. Malheureusement je n’ai pas pu en profiter avec toi. Il est vrai
que, comme compensation, Jacquot m’a sauté
trois fois de suite sur la carcasse, une fois en plein sur la tête et les deux autres
sur le dos. La pauvre bête d’ailleurs ne l’a fait que par un mouvement de jalousie aussi je ne lui en veux pas du tout car je sais
compatir aux maux que j’ai souffertsa et dont je souffre encore à l’heure qu’il est comme une
enragée. Cependant, je voudrais qu’il eût une affection un peu moins féroce, et qu’il
ne me dévorât pas chaque fois que la nécessité me forcera à m’approcher de Cocotte. Avec de la patience j’en viendrai peut-être
à bout.
Comprends-tu que ma pauvre péronnelle ait encore été malade en me
quittant ? C’est vraiment terrible cela. Il faut absolument que M. Triger voie à la
débarrasser de toutes ces indispositions successives qui, sans avoir de gravité, se
répètent trop souvent et interrompent son travail autant et plus qu’une maladie
sérieuse. Si tu étais venu aujourd’hui me prendre pour me faire sortir je t’aurais
prié de me mener la voir à la pension. Je pense que ce gonflement de toute la tête
pourrait bien avoir été un commencement d’érysipèleb, je ne
sais pas comment s’écrit le mot mais peu importe. Je crains qu’on ne l’ait pas bien
soignéec. Je regrette que Mme Marre voyant de
la fièvre à l’enfant ne m’en ait pas avertie. Je suis tourmentée, mon cher adoré,
aussi si tu peux demain ou après me conduire à la pension tu me feras bien plaisir.
En
attendant, tu devrais bien venir tout de suite pour me tranquilliser, pour me consoler
et pour me mettre du baumed dans le
cœur. Te voir c’est le remède à tous mes maux. C’est le bonheur.
Juliette
a « souffert ».
b « erisypelle ». Deux orthographes existent : érysipèle ou érésipèle.
c « soigné ».
d « beaume ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
